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2 novembre 2016
Hervé GOURVITCH

Le prochain président de l’université de Strasbourg sera-t-il un théologien catholique ?

La nomination du président de l’Université de Strasbourg, Alain Beretz à la tête d’un organisme ministériel a fait de l’abbé Michel Deneken, le président de l’université par intérim, car il était premier vice-président de l’université sous la présidence de M. Beretz.
Des élections sont prévues en novembre pour élire les nouvelles instances de l’université.
Une des têtes de liste pour sa succession est l’abbé Michel Deneken. Prêtre catholique, ce dernier a été doyen de la faculté de théologie catholique.
Il se présente comme « un enseignant chercheur comme les autres ». Est-ce le cas ? Son élection, qui est possible, se réduit-elle à des options de gestion de l’université ? Suffirait-il de lui demander de respecter la laïcité, comme il a été suggéré ?

La faculté de théologie catholique fait partie de l’Université de Strasbourg, qui comporte aussi une faculté de théologie protestante. Mais La théologie n’est pas une science.
La théologie catholique est l’étude doctrinale de la religion chrétienne, dont les principaux articles de foi sont l’incarnation et la rédemption.
Il ne s’agit pas d’une étude de la religion comme phénomène historique ou social, ou comme courant de pensée, comme on peut le faire dans d’autres facultés.
Il s’agit d’une étude qui implique la foi du chercheur, ce qui n’est le cas d’aucune autre recherche. S’agissant de la théologie catholique, l’autorité en la matière est celle du Pape qui s’appuie sur les avis de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Aucun autre enseignant et chercheur ne reconnaît une autre autorité que celle de ses pairs, qui, dans les comités scientifiques, apprécient ses travaux sur des critères purement scientifiques.

Dans ces conditions, il est vain de demander des garanties à un candidat qui ne peut pas les donner, s’il est honnête. D’ailleurs a-t-il réellement cherché à en donner ? Il a plutôt manifesté la tendance contraire, qu’il s’agisse de la bénédiction des cartables à la chapelle Saint-Michel de Saverne ou du colloque organisé avec le Dalaï-lama, dont il a été la cheville ouvrière. Ce faisant, il se situe dans la ligne des tentatives entreprises par des groupes de pression religieux, comme la Fondation Templeton, pour affaiblir la séparation entre la science et la religion et imposer les thèses créationnistes sous une forme masquée. Vu les pouvoirs accrus et l’influence du président, en particulier sur la politique de l’université et l’attribution des budgets de recherche, on peut légitimement être inquiet.

À titre d’exemple, l’Église catholique décrète qu’un embryon est une personne parce que l’âme de l’enfant est constituée, selon elle, dès la conception. C’est sur la base de cet article de foi, qui ne peut être scientifiquement démontré, qu’elle condamne l’avortement, et dans le domaine scientifique, la recherche sur l’embryon humain, qui reste interdite en France.
Récemment, le Pape vient de s’exprimer sur un soit disant enseignement du genre dans l’école publique en France, couvrant de son autorité les campagnes nauséabondes entreprises par divers groupes de pression politiques et religieux contre l’école publique et ses enseignants. C’est une menace pour les programmes de recherche dans ce domaine.
Alors qu’on assiste en Europe à un retour en force des fondamentalismes religieux et du cléricalisme, qui menacent les libertés individuelles, l’élection d’un prêtre et théologien catholique à la présidence de l’Université de Strasbourg aurait une portée autant symbolique que réelle.

Enfin il faut réfléchir aux conditions juridiques qui ont conduit à cette situation.
La faculté de théologie catholique de Strasbourg a été créée en 1902 par convention entre le Saint Siège et le gouvernement du Kaiser Guillaume II, puis reconnue en 1923 par le gouvernement français.

Il s’agit d’un élément de la législation cléricale et concordataire, en partie d’origine française, en partie d’origine allemande, qui a été maintenue au moment du retour de l’Alsace Moselle dans la république, puis par tous les autres gouvernements depuis.
Il est plus que temps d’en finir avec cette législation et d’appliquer la loi séparation de l’Église et de l’État. L’enseignement de la théologie devrait être, comme la religion, une affaire privée : il n’a rien à faire à l’Université publique.

À l’avenir, l’Université de Strasbourg sera-t-elle aussi connue pour sa relation privilégiée avec le Vatican que pour son excellence, attestée par plusieurs prix Nobel ?
Nombreux sont les membres de l’université et les citoyens qui s’en alarment.

Strasbourg, le 2 novembre 2016

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Communiqué élections Unistra (version imprimable PDF)

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